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30 avril 2021
Vie professionnelle

Quand nos motivations professionnelles évoluent... par Aymeric Magnan de Bellevue

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« Dans une première vie professionnelle, j’ai passé X temps dans tel contexte et maintenant je fais totalement autre-chose… ».

Peut-être que comme moi vous avez entendu des personnes se présenter comme cela et peut-être même que vous êtes dans ce cas. Comment peut-on comprendre ces changements dans nos vies professionnelles et personnelles par la même occasion ? Si nous mettons de côté les « non-choix » que nous avons fait uniquement par opportunisme ou par ce qu’ils étaient dictés de l’extérieur ou par le hasard de la continuité des études, il nous reste des changements de motivation plus profonds et plus structurants. Ces changements sont souvent dus à un changement en profondeur de nos motivations et ainsi à la nécessité impérieuse de combler de nouveaux besoins. Je vous propose une réflexion basée sur les modèles de personnalité qui sont souvent utilisés en coaching et en management pour éclairer ces changements et aussi peut être pour les considérer comme des moments « normaux » de notre évolution personnelle.

 

Le plus répandu des typologies de personnalité date de l’après-guerre et a été développé, à partir des écrits de Carl Jung sur les préférences psychologiques, par une mère et sa fille : Myers et Briggs. Ce modèle s’appelle le MBTI pour Myers Brigs Type Indicator et il nous permet de comprendre nos fonctionnements sur 4 axes qui nous expliquent comment nous interagissons avec ceux qui nous entourent, comment nous sélectionnons les informations venant du monde extérieur, comment nous faisons nos choix et comment nous nous organisons. Mon propos n’est pas d’entrer plus avant dans ce modèle mais juste d’expliquer comment il considère les changements de motivation au cours de la vie. Jung nous dit que nous traversons tous des « crises » vers 20-25 ans et 40 ans (ainsi nous pourrons peut-être comprendre cette mythique « crise de la quarantaine »). Le MBTI nous dit que nous avons notre type psychologique de façon innée et que nous allons au fur et à mesure de notre vie nous connaitre de plus en plus et prendre conscience de différentes parties de nous qui restaient en quelques sortes enfouies.

 

Prenons un exemple concret parmi les 16 profils possibles au MBTI et sans entrer dans le jargon du modèle. Imaginons que je sois depuis mon plus jeune âge une personne qui parle beaucoup et qui exprime à haute voix ses idées. Imaginons que je fasse des ponts entre plein de choses très différentes et que j’exprime fortement ce foisonnement de concepts en prenant tout l’espace autour de moi. Lorsque je serai jeune adulte, le MBTI me dit que je vais prendre conscience d’une nouvelle ressource que j’ai jusqu’alors peu explorée : ma capacité à être dans mon monde intérieur et à y juger ce qui se passe à l’extérieur au travers de mes valeurs et celles des autres. Je vais ainsi me découvrir une capacité à inclure, sans l’exprimer à haute voix, les autres et leurs valeurs dans un désir d’harmonie et d’authenticité. Ceci va probablement déclencher chez moi de nouvelles envies, motivations et ainsi peut être remettre en cause mes choix. Puis vers 40 ans, je vais découvrir une nouvelle capacité que je n’avais pas encore explorée, ma capacité à poser les choses objectivement, à peser le pour et le contre pour prendre des décisions « logiques ». Cette nouvelle étape peut encore remettre en cause tel ou tel choix que j’ai fait précédemment. A l’inverse, une autre personne plus introvertie dans son jeune âge peut découvrir au fil des années de nouvelles façons de penser le monde autour d’elle et de l’exprimer.

Pour Jung, c’est une évolution naturelle pour chacun d’entre nous.

 

Un autre modèle utilisé en management et en coaching, la Process Communication, nous propose une autre vision de l’évolution de la motivation. Nous pouvons distinguer plusieurs motivations que l’on pourrait résumer de la façon suivante :

  • La reconnaissance en tant que personne (vouloir être reconnu comme une personne aimable et agréable)
  • Les besoins sensoriels (jouir des plaisirs de la table, du confort, des matières et des lieux doux et agréables)
  • La structuration du temps (planifier les événements et s’y préparer)
  • La reconnaissance de l’atteinte des objectifs (être reconnu comme quelqu’un de rigoureux et de sérieux qui atteint ses objectifs avec efficacité.
  • La reconnaissance de la contribution (être reconnu pour notre participation ou notre contribution à une cause, à un projet)
  • La reconnaissance de l‘opinion (être reconnu pour ses opinions, être respecté même si on n’est pas d’accord et débattre)
  • La solitude (avoir le besoin de s’isoler pour se plonger dans son monde intérieur et envisager les possibles à moyen et long terme)
  • La réaction (faire réagir les autres, rire, faire l’imbécile, être spontané et sortir ce qui nous vient sans filtre)
  • L’excitation et le challenge (être dans l’action, relever des chalenges, participer à des compétitions, être le meilleur)

 

Ce modèle nous dit qu’au cours de notre vie, il nous arrive de changer de motivation après avoir vécu des périodes de stress intense d’au moins 18 mois. C’est un peu ce que nous retrouvons dans l’expression « tourner la page ». Par exemple je me souviens de mon meilleur ami lorsque j’étais au lycée qui ne m’a plus donné aucune nouvelle sans qu’il y ait eu de « problème » entre nous. De graves et longs problèmes de santé lui ont fait vivre un stress intense lors de ses 20 ans et il est « passé à autre chose », tournant ainsi une page de son existence avec moi à l’intérieur. Parfois, ces changements sont extrêmes et je pense à une amie d’université qui est passée d’une vie tournée vers les autres, le confort et le bien-être à une vie faite de challenges professionnels et de sports extrêmes !

Ces périodes sont parfois déstabilisantes car on ne se reconnait plus et notre entourage parfois ne nous comprends plus. Pour autant, ces changements sont à accueillir avec bienveillance car ils font partie de nous et de notre évolution. Avec les changements de carrière qui accompagnent ces changements de motivation, il y a parfois des frottements au niveau professionnel et parfois personnel. Au-delà de l’écoute de soi, de la bienveillance envers soi-même et de l’acceptation de soi, je pense que la clef de ces changements de motivation est dans le dialogue avec ceux qui nous entourent et parfois avec l’aide d’un professionnel. Ils pourront comprendre ce qui se passe, les changements de comportement ou d’envie et ils pourront nous aider à prendre de la distance pour mieux comprendre ce qui est en jeu et comment nous pouvons le mettre en place en prenant en compte ceux qui nous entourent.

 

par Aymeric Magnan de Bellevue, diacre permanent, coach, formateur




1 Commentaire

Clotilde CLOTILDE BOYER (DIST MANCHE)
Il y a 3 jours
Merci Aymeric pour ce rappel sur les motivations intrinsèques !

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