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« Le scout est loyal à son pays, ses parents, ses chefs et ses subordonnés. » [Loi scoute & Vie pro] par Thibaud Brière de la Hosseraye

De quelle loyauté le scout se chauffe-t-il ? Au travail, lorsqu'il se retrouve salarié, n'est-il tenu qu'au devoir de loyauté contractuellement dû à son employeur ? Pas seulement. Il est appelé à plus, lisons-nous dans ce deuxième article de la loi scoute.

Lui qui est aussi devenu l'enfant de sa promesse, se doit d'être fidèle aux engagements qu'il prend tant vis-à-vis de ce qui lui est intérieur (son pays), antérieur (ses parents), qu'à l'égard de ce qui est réputé lui être supérieur (ses chefs) et inférieur (ses subordonnés). 

Au travail, soucieux d'honorer ses engagements scouts, le voilà qui fait ce qu’il dit et qui dit ce qu’il fait, ce qui rend son comportement prévisible et engage de ce fait ses collègues, supérieurs et collaborateurs, à lui faire confiance. C’est parce qu’il ne se cache pas mais est entier, lisible, cohérent, que d'autres peuvent se fier à lui. Il est un. N’a qu’une parole. Il ne dit pas blanc aux uns et noir aux autres, il ne promet pas ce qu'il ne peut tenir, il ne (se) survend pas, il n’annonce pas des objectifs irréalisables, il n'affirme pas à ses équipes qu’elles ont la main sur des décisions qu'elles ne maîtrisent pas vraiment. Autrement exprimé : il est franc du collier, prudent en paroles, fidèle à ses promesses. 

Autrement exprimé : il est franc du collier, prudent en paroles, fidèle à ses promesses. 

"Honore ton père et ta mère" se traduit ici par le fait de reconnaître notre dette à l'égard de tous ceux qui nous ont précédé, formé, préparé : inventeurs des machines que nous manipulons, développeurs des logiciels que nous utilisons, professeurs et formateurs qui nous ont dotés de nos savoirs-faire actuels. La reconnaissance de ce que nous leur devons ne peut que nous inciter à l'humilité face à ce que nous nous imaginons un peu facilement être "nos" réalisations. Cela ne signifie pas que rien, en elles, ne soit de nous, seulement que nous ne pouvons savoir quoi ni donc nous en accaparer le mérite. 

La loyauté à l'égard de nos parents est appelée à s'étendre à tous ceux qui avant nous ont constitué l'entreprise dans laquelle nous travaillons, que nous avons reçue d'eux avec ses ombres et ses lumières. La loyauté que nous leur devons consiste à ne pas dévoyer l'usage de cet outil de production mais à nous inscrire en cohérence avec l'intention qui a été la leur, dans la continuité de ce qu'ils ont voulu faire, en faisant si possible preuve d’autant d’innovation, d’audace voire d’opportunisme qu’eux. D'où l'importance d'une juste intériorisation, par chacun, de l'histoire et de la culture d'entreprise.

Toutefois, la seule cohérence, loyauté à notre pays, nos parents, nos chefs et nos subordonnés ne saurait suffire. 

La première loyauté, toujours, doit aller à la vérité, en écho à la parole "Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi" (Matthieu 10, 37). Être loyal ne signifie pas être affidé.

Dans son livre Le scoutisme, le Père Jacques Sevin commentait ce deuxième article de la loi scoute en remarquant que « ce loyalisme n’entraîne pas nécessairement l’obéissance aux ordres (…). Il est d’abord et surtout, la fidélité à l’institution, à l’autorité comme telle : « Je ne trahirai pas, je maintiendrai. »

Quelle clairvoyance ! Les actualités ne cessent de nous rappeler qu’il existe des organisations religieuses, associatives ou commerciales, dans lesquelles nous évoluons et où il peut y avoir des abus d’autorité : au nom du devoir de loyauté ou d’obéissance, le supérieur en vient à demander de faire des choses qui n’en relèvent pas. Et au nom du devoir de loyauté, on constate semblablement des abus d'obéissance.

Le vénérable Sevin ajoute : « En principe, on donne raison au maître, quel qu’il soit. Si on ne le peut, on tâche de se taire, et s’il est impossible de se taire, si on croit devoir garder son franc parler et son franc juger, ce ne sera jamais pour ébranler l’autorité elle-même. »

Mais c’est la fine pointe de son commentaire qui est délicieuse : « Bien comprises, ces deux petites lignes sur le loyalisme ne sont pas sans retentissement social. » C'est bien dans toutes les dimensions de notre existence que nous sommes appelés à discerner ce qui sert le bien et ce qui se contente de s'en servir en imposant une obéissance mal placée. Il n'est rien au-dessus de la loi de la conscience.

Il est parfois nécessaire de désobéir à ses chefs du moment (court terme) pour demeurer fidèle à son entreprise (long terme), à son histoire et à ses objectifs affichés, que des méthodes managériales mal avisées peuvent mettre à mal. Ce qui ne va pas sans risque ni croix, bien sûr, mais quelle satisfaction de se savoir accomplir ce qui est droit ! 

Le scout a été élevé au grand air, et quiconque en a éprouvé l'ivresse ne peut en oublier l'expérience. Nous avons jubilé de nos erreurs et de leurs corrections, de nos frayeurs et de leur consolation, nous avons pleuré, peiné, rit et pardonné, nous sommes tombés et nous nous sommes relevés, bref nous savons ce qu'être libre veut dire. Il n'est rien au-dessus de la loi de la conscience, libre !

Par Thibaud Brière de la Hosseraye
Thibaud Brière de La Hosseraye est marié et père de quatre enfants. Il est philosophe en entreprise, conseiller en management, spécialisé dans les nouvelles formes d'organisation du travail et la prévention des risques professionnels. Il est l'auteur de "10 clés pour préparer mon entreprise au travail à distance" (Eyrolles, 2021) et de "Toxic management" (Robert Laffont, 2021). Titulaire d'un DEA de philosophie, diplômé d'HEC et lauréat de l'Académie des sciences morales et politiques, il a été onze ans scout à Paris, dont six de scoutisme marin.
 



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