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02 juillet 2021
Education

[QUESTION ÉDUCATION] Le scoutisme, école de réalisme et d'humilité !

L’image la plus répandue dans nos représentations du scoutisme est certainement ce petit bonhomme qui joue dans la forêt avec une ficelle et des morceaux de bois fraichement taillés pour construire un abri, un vaisselier ou un oratoire. En effet, l’environnement le plus propice aux activités scoutes est « dame nature », c’est-à-dire le réel donné de la Création. Ce contact irremplaçable avec l’ordre naturel offre à la jeunesse un territoire pour exercer des habitus réalistes. Celui ou celle qui vit dans la nature dépend de son rythme et accepte de ne pas en maitriser les caprices, les résistances, la temporalité et les règles de manière générale. S’il y a un ordre dans la nature c’est avant tout parce qu’elle nous est donnée, elle n’est pas le fruit de notre imagination ou de notre raisonnement. 

La nature n’est pas une construction de l’esprit humain.  

Notre société hyper technicisée a tendance à immerger nos jeunes dans un monde rationnel, numérique et technique. À travers les écrans, les jeux vidéo, les thèmes cinématographiques et l’omniprésence des sciences, la jeunesse vit dans un monde produit par une combinaison d’imaginaires, d’idées désordonnées et parfois même dénaturées, de 1 et de 0, d’algorithmes et de modèles mathématiques. La tentation est grande d’imaginer que l’esprit humain est à l’origine de tout et même de lui-même. « Homo deus », le livre de Noah Harari, en expose la genèse et le déploiement avec force. Il s’agit de ne plus penser l’homme comme un être créé mais comme un être créateur. Il ne s’agit plus de s’accepter humble et tourné vers le Ciel, mais fort et tout puissant, capable de transformer le monde, d’en changer l’ordre, d’en modifier le rythme. L’homme n’a pas à s’accepter tel qu’il est, surtout s’il se sait fragile voire blessé, il doit augmenter ses capacités et dépasser sans arrêt ses limites pour contrarier le sort que lui réservait la nature. Et si la nature produit un être indésirable, alors la toute-puissance de l’homme sans Dieu le fera disparaitre pour qu’il n’existe aucune exception à l’arraisonnement de la nature par l’esprit humain.  

Cette tendance orgueilleuse de l’homme moderne ne trouve ses anticorps que dans l’humilité d’un rapport régulier avec l’ordre de la Création. L’observation et la fréquentation du monde végétal et du règne animal conserve dans le cœur humain l’humilité du regard et de l’écoute de la croissance interne de la nature.

Cette croissance est un principe de mouvement intérieur des êtres naturels, elle les conduit à leur maturité et à leur fécondité. 

Cette croissance ne vient pas de l’homme mais l’homme en connait l’efficience pour sa propre vie. En observant le rythme de notre environnement naturel, nous percevons l’ordre et nous pouvons remonter à l’intention voulu par le Créateur. C’est en se plongeant dans la forêt ou dans les champs que l’on comprend que notre humanité est elle-même insérer au cœur de cet écosystème. Capable de ressentir par les cinq portes de ses sens et de comprendre le « Comment ? » et parfois le « Pourquoi ? » des phénomènes qui l’entoure, l’homme mesure sa grandeur et sa petitesse. On pourrait même dire que l’homme découvre sa grandeur et sa misère en côtoyant la beauté ordonnée de ce qui n’est pas artificiel.  

L’artificiel, c’est-à-dire ce qui est le fruit d’un art rationnel, est produit par la raison humaine, il met en valeur la puissance de l’homme bâtisseur. Il est bon et juste de saluer les progrès de la science et les prodigieuses applications techniques qui en découlent, mais il convient de garder les pieds sur terre en se souvenant que notre intelligence nous a été donnée et que nous pouvons juste nous féliciter d’en user avec efficacité pour une bonne finalité. Garder les pieds sur terre voire même dans la glaise, dans l’humus de notre condition, c’est ainsi que nous demeurons humbles. Cette humilité dont le saint Curé d’Ars disait qu’elle était « le fil du chapelet des vertus ».  

« Le scout et la guide voient dans la nature l’œuvre de Dieu, ils aiment les plantes et les animaux ».

Ce sixième article de la loi scoute nous invite à la contemplation, à nous laisser informer par l’ordre de la nature et par sa beauté, à y découvrir la puissance et la bonté de notre Créateur.   

« Toutes les créatures nous invitent à penser à Celui qui les a faites ; elles nous conduisent à admirer sa Puissance, sa Bonté, son Intelligence, son Amour. Le scout doit vivre dans cette impression habituelle de Dieu notre Père, dans cette disposition habituelle de lui rendre l’hommage qui lui est dû. »1 

L’appel de la forêt, le goût pour les cimes ou l’attirance pour le large sont des aspirations qu’il convient de nourrir très tôt dans le cœur des enfants. Il est bon qu’ils se frottent souvent aux éléments et qu’ils s’abreuvent à la source avant d’apprendre à en détourner le cours.   

 

Fondateur de Saint-Joseph Education (https://www.saintjoseph-education.fr)
 
1 « LA LOI SCOUTE », Commentaire d’après saint Thomas d’Aquin R.P. Réginald HERET, O.P. Du comité directeur des scouts de France, Aumônier honoraire de Rouen, Auxiliaire de Paris « Editions Spes » 17 rue Soufflot, Paris - 1929 
 
 



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