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11 février 2021
Progression personnelle

Retrouver l'esprit d'aventure

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Les aventuriers de notre imaginaire collectif sont légions : Indiana Jones, Tintin, Karen Blixen, Buck Danny, Phileas Fogg ou les personnages incarnés par Belmondo, Alain Delon, John Wayne, Kirk Douglas, Kevin Costner, Mel Gibson... Leurs exploits développent l'imagination, laissent le lecteur ou le téléspectateur fasciné.
Pourtant ils laissent un goût amer : quand on referme le livre ou que le film se termine, il semble que le rêve se dissipe comme une fumée, le personnage légendaire s'évapore. Que reste-t-il dans nos vies de cette aventure qui se referme ? Les plus intrépides d'entre nous les interpréteront comme des voies à suivre. Mais pour les autres ?
 
L'aventure est pourtant à la portée de tous les anciens scouts car nous avons appris en dehors du cadre familial protecteur à prendre des risques mesurés en faisant confiance à des chefs, à des patrouillards, voire à nos frères louveteaux dès le plus jeune âge. A ce sujet, ne passons pas à côté de l'extraordinaire école de l'aventure qu'est le louvetisme : la vie dans la jungle pour les louveteaux n'est-elle pas une aventure en elle-même ? La vie dans la jungle ne prédestine-t-elle pas aux plus grandes aventures de l’âge adulte ? Savons-nous encore que nous peuplons l’esprit de nos chères têtes blondes d'animaux aussi impressionnants que l'éléphant, le tigre, la panthère, le loup, le serpent dans le cadre réel de la forêt ? Les uns sont protecteurs, mais les autres sont hostiles. Mon fils louveteau est intarissable sur les aventures vécues en jungle au retour de chacune de ses sorties en meute. Il l'est beaucoup moins quand il rentre de l'école !
 
A l'âge des éclaireurs et éclaireuses, l'aventure naît là encore à mi-chemin entre la réalité et l'imaginaire : réalité d'un camp ou d'un week-end et imaginaire du thème choisi (les guerres de Vendée, la découverte de l'Amérique, le camp du drap d'or).
Si nous avons vécu nos jeunes années dans le cadre d'un groupe scout, de 8 à 18 ans, alors nous sommes faits pour l'aventure pour le reste de la vie. Mon grand-oncle ayant été jeune scout est devenu prêtre des Missions Africaines. Il a été en mission au Bénin, en Egypte : il y a rédigé des dictionnaires traduisant la langue locale en langue française et inversement. Il a fait fonction de médecin en brousse en recousant des plaies que la pudeur nous interdit d'évoquer plus avant ici mais dont le souvenir était resté vif dans la tête de certains (et pas que la tête). Quand j'ai fait sa connaissance tardivement en maison de retraite près de Montpellier, j'ai été frappé de ce qui lui restait de flamme. Mieux : il s'était consumé toute sa vie dans le brasier de l'aventure ; il n'était plus que flamme. Même dans son fauteuil roulant.
 
L'aventure, c'est la vie avec une part de risque assumée.
 
L'aventure, c'est la vie avec une part de risque assumée. C'est la réalité qui va à la rencontre de l'idée, le connu qui part à la rencontre de l'inconnu.
A l'inverse, elle n'est pas de vraie vie sans risque, elle ne se satisfait pas de confort, de certitudes et de répétitions. Elle n'est pas une réalité en quête d'autres réalités, un connu qui cherche son semblable. Un jour, j'ai appris dans les feuilles roses intercalaires d'un vieux dictionnaire un proverbe latin : asinus asimum fricat, autrement dit « l'âne frotte l’âne » ou encore « qui se ressemble s'assemble ». Eh bien précisément, l'aventurier n'est pas un âne qui recherche la compagnie de ses semblables.
 
L'aventurier se nourrit de l'expérience, du risque ; il gagne en épaisseur humaine à chaque expérience. Le général Antoine Charles Louis de Lasalle disait que « tout hussard qui n'est pas mort à trente ans est un jean-foutre ». Il est mort à 34 ans, me dira-t-on avec ironie. Oui répondrai-je, mais avec le grade de général quand même, et ce grade prouve qu'il avait été reconnu comme un authentique aventurier, avec de belles qualités militaires. Si la citation elle-même a un aspect excessif, elle contient néanmoins sa part de vérité : le sacrifice est parfois au bout de l'aventure, au bout du risque. Même si le risque est mesuré et assumé, il n'est jamais exclu et il peut toujours devenir une réalité cruelle. C'est presque une norme chez les militaires par exemples. C'est aussi la norme pour un chrétien qui professe sa foi puisqu'à l’imitation de Jésus beaucoup des premiers disciples furent martyrs et nos frères d'Orient qui sont restés dans leurs pays d'origine le sont également.
 
Mais quelle aventure choisir quand j’ai 40 ans, que je suis marié(e) et que j’ai des enfants (ou pas) et un métier ? Quelle marge de manœuvre me reste-t-il ?
 
Eh bien c'est précisément la question que nous devons nous poser. La deuxième question serait : « à quel moment de ma vie ai-je le mieux utilisé ma marge de manœuvre pour l'aventure ? » ou autrement dit « de quelle aventure puis-je me rappeler avec fierté ? ». C'est à ce moment-là que nous avons fixé le seuil et le plafond de notre risque assumé pour nous mouvoir hardiment en altitude. C'est à ce moment-là que nous pouvions tous emprunter la devise duc in altum, « Avance au large ».
Et à 40 ans, comment puis-je retrouver une part de mon âme d'aventurier et continuer à avancer hardiment en assumant de nouveaux risques mesurés, vers une nouvelle idée, une inconnue ? Quand les soucis du quotidien se sont déposés depuis des années comme des couches sédimentaires sur notre âme, quand notre âme semble fossilisée, il faut prendre du temps. Il faut secouer nos préoccupations quotidiennes, il faut ressusciter la vie de notre âme et retrouver le souffle de l'aventure. Il faut mesurer de quoi nous sommes encore capables.
 
Quand Anne d’Autriche demandait à Saint Vincent de Paul ce qu'il fallait faire pour être saint, Vincent répondit simplement : « davantage, Madame, davantage ». Alors à notre tour, retrouvons notre âme d'aventurier, regardons où nous en sommes et tâchons simplement de faire davantage : prendre une responsabilité dans le scoutisme, partir avec son conjoint pendant trois jours en voyage, libérer son dimanche pour emmener ses enfants en forêt, partir en pèlerinage avec les pères de famille, être candidat pour les élections, adopter un enfant.
 
Débarrassons-nous des lauriers de notre jeunesse sur lesquels nous nous sommes endormis et ceignons à nouveau le casque de l'aventurier.
 
Bernanos disait que lorsque la jeunesse refroidit, le reste du monde claque des dents. Mais quand la pyramide des âges et du corps électoral montre que la majorité de notre population a plus de 40 ans, voire plus de 60 ans, on peut légitimement actualiser le constat : quand les quadragénaires et les sexagénaires refroidissent, le reste du monde claque des dents.
Certains diront que nous, les anciens, ne refroidissons pas. Peut-être. Et pourtant le reste du monde claque des dents, de froid. Nous sommes bien obligés de nous interroger sur notre part de responsabilité.
 
Un dernier mot sur l'aventure. L'aventure se vit avec légèreté, avec élégance. Guy de Larigaudie disait qu'un aventurier se déplace toujours avec un sac de couchage et un costume. L'aventurier n'est pas un parasite de salon qui plastronne sur son unique fait d'armes ou des faits d'armes imaginaires. L'aventure est noble dans le sens que Gustave Thibon donne à la noblesse dans son ouvrage Le retour au réel : « La noblesse c'est la distance que l'on met avec soi-même ».
 
Alors noblesse oblige, scoutisme aussi !
 
Par Armel Garnier, consultant en recrutement dans les secteurs de l'énergie, l'armement, le transport, la logistique et l'associatif à international



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