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05 janvier 2021
Vie professionnelle

Être un leader « authentique » dans notre « VUCA world »

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Qu'est-ce que l'authenticité, comment être un leader « authentique » et en quoi cette question est-elle pertinente aujourd'hui dans notre monde « VUCA » (Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity) ?
 
Cette notion, introduite par l'école de guerre américaine suite à l'effondrement du bloc communiste, met en avant toute l'incertitude du monde dans lequel nous vivons. Nous assistons à une montée en intensité de cette notion ces dernières années avec la prise de conscience écologique. Beaucoup de nos représentations évoluent. Comment peut-on aborder la question du leadership à l'heure où nos organisations tentent de suivre le rythme des changements de nos sociétés et de la planète entière ? Nous assistons à des modifications profondes, impensables il y a quelques années, comme de grandes entreprises qui se proclament « entreprises à mission » et qui se donnent statutairement une finalité d'ordre social ou environnemental en plus de leur but lucratif. Nous constatons le développement des certifications internationales, faites par des ONG comme B-CORP, qui pénètrent même les sphères des milieux financiers mettant ainsi en avant un réel intérêt pour les questions sociétales et allant largement au-delà du fameux « Greenwashing » dont certaines entreprises étaient rapidement accusées il y a encore peu de temps. Nous vivons une convergence des questions de sens et de performance. Est-ce seulement une réaction face à la contrainte et à la peur qui motive tout cela où y a-t-il des phénomènes de transformation plus profonds qui sont à l'œuvre ?
 
Comment peut-on aborder la question du leadership à l'heure où nos organisations tentent de suivre le rythme des changements de nos sociétés et de la planète entière ?
 
Au tournant de ce siècle, les questions écologiques et sociales étaient fortement politisées et s'y intéresser vous marquait au fer rouge. J'ai participé à une conférence il y a deux ans sur la question de « l'écologie intégrale » et de l'encyclique Laudato Si. J'ai été très surpris de constater le nombre de moins de 30 ans qui représentait une majorité de l'auditoire et d'observer parmi eux une très grande diversité sociale. Je ne suis pas si vieux mais je n'aurai jamais vu un tel public lorsque j'étais étudiant à la fin des années 90. La prise de conscience de notre responsabilité environnementale et sociale a passé les frontières du politique et des classes sociales et même si tout n'est pas gagné, elle touche un large public. Les mentalités ont aussi beaucoup évolué et ceux qui sont aujourd'hui étudiants sont probablement plus intransigeants que leurs aînés sur leurs conditions de travail, leur bien-être et les éléments sur lesquels ils sont prêts à faire des concessions pour travailler ou vivre leur vie. C'est dans ce contexte qu’il nous faut penser la question du leadership « authentique » et il nous faut d'abord poser quelques jalons pour définir ce que signifie ce terme aujourd'hui.
 
Je vous propose de faire un détour par la philosophie en allant regarder chez le philosophe canadien Charles Taylor qui porte un regard positif sur notre époque et sur la « modernité ». Dans « Le malaise de la modernité », il reprend les caractéristiques - souvent décrites négativement - de la génération actuelle et propose de comprendre ce que sont les intentions positives derrière ces comportements. La notion d'individualisme notamment est vue par Taylor comme de l'authenticité : « Être sincère envers moi-même signifie être fidèle à ma propre originalité, et c'est ce que je suis seul à pouvoir dire et découvrir. En le faisant, je me définis du même coup. Je réalise une potentialité qui est proprement mienne. »[1]. Cette notion me parait essentielle car elle revient au cœur de la pensée de plusieurs psychologues ou sociologues du travail, comme Christophe Dejours ou Vincent de Gaujelac, qui voient la principale cause de la souffrance au travail comme une absence de capacité à exprimer ma subjectivité ou mon originalité par l'écrasante objectivité des processus et des descriptions de tâches qui ne laissent pas de marge de manœuvre.
 
Le leadership authentique pourrait être vu comme un « remède » à la souffrance au travail qui mettrait en avant une fidélité à soi-même que l'on pourrait exprimer et la génération Y pourrait ainsi nous montrer l'exemple par son exigence et parfois son intransigeance qui peut laisser un espace restreint à l'acceptation de la contrainte. Il serait ainsi bon et nécessaire d'appliquer cette devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate reprend à son compte : “Connais-toi toi-même”. En tant que coach et formateur je goute avec plaisir les moments où j'observe, dans les yeux des coachés ou des stagiaires, la prise de conscience d'un comportement ou d'une motivation chez un manager. Le « eurêka » qui va permettre à un responsable d'équipe de mieux vivre avec ses collaborateurs et ainsi d’améliorer la performance de son équipe. Sans doute ces moments, nous les avons observés comme chef ou cheftaine dans les yeux de nos scouts ou de nos guides. Sans doute nous avons déjà gouté ce plaisir d'être des leaders « authentiques » et peut être même que nous avons acquis quelque chose en plus ! La grande tentation de ce “Connais-toi toi-même” ou de cette « authenticité » est qu'elle demeure autocentrée et c'est probablement là qu'elle se transforme en individualisme. Notre chance comme guide, comme scout ou tout simplement comme chrétien est de savoir que tout ne vient pas de nous mais que nous le recevons. C'est grâce à cet accueil que nous pouvons devenir des « passeurs » et ainsi transmettre aux autres au-delà de nous-mêmes.
 
Le leadership authentique pourrait être vu comme un « remède » à la souffrance au travail qui mettrait en avant une fidélité à soi-même que l'on pourrait exprimer.
 
Le leader authentique est probablement la clef de la stabilité dans un monde qui varie de plus en plus. Comment pourrons-nous maintenir ce cap en nous basant sur nos acquis et revenir toujours à la source de ce qui a fait et fait encore notre engagement ?
 
[1] Charles Taylor, Le malaise de la modernité, Ed Lexio, 1991, p. 37
 
Par Aymeric Magnan de Bellevue, diacre permanent, coach, formateur
 



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