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[Parole d'Homme] Éloge de la force masculine

Il y a quelques semaines, je me trouvais en face d’un grand magasin parisien, très chic. Les vitrines étaient décorées de représentations naïves et absolument ridicules : des petits cochons roses. L’artiste, un soixante-huitard bedonnant dont la tête dégoulinait de quelques cheveux long, est le fondateur d’un mouvement nommé le Mignonisme. Curieux, j’écoute un podcast de ce monsieur, prônant la paix et la gentillesse dans un pacifisme benêt, avec une étrange voix me faisant penser à une petite fille de 10 ans.

Au même moment, la Russie lançait son armée sur l’Ukraine. Nous avions d’un côté les vieux beaux soixante-huitards à la voie efféminée, et de l’autre, les ruskoffs armés jusqu’aux dents, prêts à en découdre pour défendre leurs intérêts stratégiques !

Dans la perspective d’une invasion ou d’une guerre mondiale, je suppose que nous riposterions en leur lançant des petits cochons roses en plastique en leur faisant remarquer leur méchanceté à coup de Communication Non Violente ?

Dans notre monde occidental, tout est fait pour nous laisser penser que la violence a été éradiquée, même si elle déborde de partout, incontrôlée. Personne pour l’adresser, cela supposerait précisément d’avoir la force de le faire. Du coup, on laisse faire et on essaie de la minimiser. Retrouver la force de vivre en vérité, de la proclamer et de l’assumer allant jusqu’à l’interposition, est un impératif pour tout homme : c’est cela la chevalerie des temps modernes. Le scout est courtois et chevaleresque.

 Le scout est courtois et chevaleresque.

La force est une vertu

La force est une des quatre vertus humaines avec la prudence, la justice et la maîtrise de soi. La force est, dans l’économie des vertus, proche du courage, qui est un juste équilibre entre lâcheté et intrépidité, qui sont deux excès. Toutes ces vertus sont liées. En pratiquant l’une d’elles, je fais grandir ma capacité à pratiquer les autres. Par exemple, la justice requiert la force, la prudence et la maîtrise de soi. La maîtrise de soi requiert la force de se reprendre en cas d’emportement (Le scout est maître de soi, il sourit et chante dans les difficultés). L’émotion, en soi, n’est ni bonne ni mauvaise : elle met en mouvement. Notre risque est que cette émotion nous entraîne dans une direction que nous ne voudrions pas prendre, mais vers laquelle nous glissons par aveuglement. Personne ne veut faire le mal, et pourtant nous le faisons tous, comme le dit saint Paul. La force est donc nécessaire pour puiser assez d’énergie en soi afin de surpasser nos emportements (injustice dans la colère non contrôlée, tristesse basculant dans la déprime, joie dans la surexcitation, ou peur dans la cogitation et l’inaction, par exemple). C’est un exercice cérébral en premier lieu : la force morale de se reprendre.

Et même dans un combat au corps à corps, la force physique peut être nécessaire, voire l’agressivité. Seul le pacifiste refuse d’intervenir : ne nous trompons pas, c’est surtout par faiblesse. L’argument du brave type qui prétend vouloir la paix a bon dos. Celui qui n’est pas prêt à se battre pour protéger sa famille, son territoire, son patrimoine (matériel ou moral) n’est qu’un pleutre et un faible qui a renoncé à sa liberté. A ne pas confondre bien sûr avec le fait d’être pacifique : tout le monde veut la paix, mais pour l’assurer, il faut savoir montrer des dents et parfois mettre un coup de poing sur la table, voire sur le nez.

La force est bonne et utile, et la force masculine en particulier. C’est pourquoi, tout homme est appelé à l’utiliser. Pour l’utiliser, il faut la maîtriser. Pour la maîtriser, il faut la connaître. Pour la connaître, il faut l’expérimenter.

Pour être un homme viril et accompli, il faut aller à la rencontre de « l’homme sauvage » qui se trouve au cœur de tout homme. Dans le conte Jean de Fer des frères Grimm, conte anthropologique destiné aux garçons, Jean est un jeune garçon qui part à la recherche de cet homme sauvage. Cet « homme sauvage » est le symbole de la force brute, virile, non-domesticable comme le dit Emmanuel Mounier. Cet homme a été capturé et croupi dans une cage au milieu de la cour du château de ses parents. Mais Jean vole la clé de la cage qui se trouve, fait intéressant, sous l’oreiller de sa mère, et ouvre la cage. L’homme sauvage s’enfuit, Jean part à sa poursuite. C’est son chemin initiatique. Il va retrouver sa force. Non pour prendre le pouvoir et en abuser, mais pour la dompter et la mettre au service de grandes causes.

Si l’homme sauvage n’est pas dompté, c’est-à-dire si l’homme n’a pas visité sa force, il se trouve en face de deux risques : la faiblesse ou la violence.

La faiblesse : le refus de l’usage de la force devient très vite lâcheté ou faiblesse, souvent derrière un paravent de bien-pensance pseudo-pacifique. Quelque chose te semble injuste dans ton entreprise ? Que fais-tu ? Passes-tu ton chemin comme si tu n’avais rien vu, parce que tu veux assurer ta promotion ? Ou engages-tu une discussion avec ton patron ?

Dans ton couple, arrives-tu à dire « non » à ta femme quand elle te demande de faire quelque chose avec lequel tu n’es pas d’accord ? Non ? C’est de la faiblesse. Et je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas chose facile…

Idem pour les addictions, qui ne sont que des perversions de l’amour : suis-je capable de lutter contre la masturbation ou la pornographie, l’avidité matérielle, sexuelle ou de pouvoir ? Oui ou non ? Voilà aussi à quoi sert la force : pour protéger sa propre dignité et celle de son entourage.

La violence. Si je ne connais pas ma force, je ne peux la maîtriser : c’est aussi simple que ça. Dans une situation critique, l’homme sauvage indompté va prendre le contrôle et développera une violence qui, par manque de maîtrise, s’avèrera disproportionnée face au risque réel. Celui qui ne connaît pas sa force risque de passer de la lâcheté à la violence sans crier gare. Quand la cocotte-minute atteint un certain niveau de pression que la lâcheté ne peut plus gérer, celle-ci peut déborder en un sentiment d’asphyxie irrépressible débouchant sur la violence. Et là, l’homme est capable du pire, sans libre décision et sans acte conscient, tout en gardant l’intégralité de sa responsabilité personnelle sur le mal produit. Sans même parler des actes, la parole de l’homme peut devenir tranchante et cassante. John Eldredge, auteur d'Indompable, le secret de l'âme masculine, dit que la parole humiliante d’un père coupe un enfant en deux, comme une hâche coupe un jeune arbre. Cette violence peut être bien pire qu’un coup, car elle détruit l’âme. 

J’en parle aussi simplement car il m’est arrivé une histoire marrante dans nos activités Au Cœur des Hommes. Nous y faisons parfois une séquence de sport de combat. Je me mets en binôme pour engager un combat avec un gars très doux, très sympa, un ancien champion olympique. Nous discutions justement avant la séance de sa grande persévérance et de ses exploits sportifs bien réels. Lors de notre combat, je lui mets un coup dans le pif (nous mettons seulement des touches et ne portons pas les coups). Puis deux, peut-être trois. Il se sent en difficulté après plusieurs tentatives échouées pour m’en mettre une. A un moment, ses yeux s’écarquillent et un rugissement jailli de lui qui entre dans une furieuse colère noire. Ses coups sont portés de toute ses forces, clairement non maîtrisés. Ils me pleuvent dessus. Dès lors, moi qui ne suis pas un boxeur chevronné, je lui demande de s’arrêter, rien n’y fait, il poursuit. Il ne m’entend même pas. Je n’ai d’autre choix que de décrocher le combat et quitter le terrain, mais il continue en me poursuivant !! Au bout de 10 mètres, il s’arrête, blême. Il me dit qu’il ignorait avoir en lui une telle puissance, un tel homme sauvage. Une fois découverte, cette agressivité peut être domptée et heureusement utilisée avec maîtrise. C’est ce qu’il fera et changera plusieurs aspects importants de sa vie.

Le moyen de dompter sa force est de taquiner son homme sauvage : aller chercher son agressivité, pour la faire jaillir, la découvrir et la dompter. Comme dans le débourrage d’un étalon, il y a un rapport de force. La force de l’homme, qui est sagesse, est de maîtriser cette force sauvage qu’il porte en lui et qu’il ignore ou qu’il craint. Lors de nos camps pour les hommes, nous avons choisi la boxe anglaise. Simple à appréhender, elle n’est pas dangereuse si l’on a des équipements de protection (aucun blessé à déplorer avec les centaines d’hommes passés dans les camps !). Nous avons également inventé d’autres « jeux » de mise en situation de confrontation ou l’on apprend à rester debout face à son adversaire sans se défausser, les yeux dans les yeux, et ce dans l’opposition explicite. Vous pouvez découvrir tout cela et vivre l’expérience en vous inscrivant à l’un des camps Au Cœur des Hommes. Dans ce domaine, seule l’expérience réellement vécue à cœur permet de changer de paradigme.

 « Que ton oui soit un oui, et que ton non soit un non »

L’homme ayant visité et dompté sa force, devient capable de vivre l’évangile : « Que ton oui soit un oui, et que ton non soit un non ». Le scout met son honneur à mériter confiance. La droiture exige la force.

 

Coach professionnel et délégué général Au Cœur des Hommes
Ancien de la 1e Coëtquidan
 
 

 




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