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28 octobre 2020
Vie professionnelle

Génération Z, comment le scoutisme distingue-t-il ses disciples sur le marché du travail ?

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A l’heure où la génération Z arrive sur le marché du travail les recruteurs se cassent la tête pour intégrer les plus jeunes collaborateurs issus de cette dernière génération. En effet, une entreprise se caractérise par le brassage des générations : l’entreprise fait collaborer une secrétaire ou un patron qui approchent les soixante ans et qui ont commencé le travail en tapant à la machine à écrire avec une jeune recrue qui a fait toutes ses études en tapant sur un Ipad.

La génération Z également appelée la "génération 4C" (Créative, Collaborative, Confiante et Connectée) se caractérise par des passions qui conduisent d’un côté à des niveaux de connaissances et de performances individuelles étonnants et d’un autre côté à une difficulté à s’adapter à une logique d’équipe (avec des profils de tous âges et de tous niveaux hiérarchiques) pour obtenir un résultat en équipe. Ils sont ainsi beaucoup plus à l’aise dans une organisation horizontale que verticale (hiérarchique). Malgré les efforts des services RH pour valoriser l’esprit d’équipe et le bonheur entre collègues, les jeunes de la génération Z s'adaptent péniblement car ils ont grandi sans repère commun et fonctionnent comme des atomes plutôt que comme des cellules.

Alors le scoutisme dans tout cela ?

Et bien il y a aussi des scouts dans la génération Z, ou pour mieux dire, les scouts d’aujourd’hui font forcément partie de la génération Z. Faut-il donc désespérer de la capacité de nos jeunes scouts à faire équipe dans le milieu professionnel ?

Précisément non. Le scoutisme va distinguer ses disciples sur le marché du travail. Pour dire les choses de manière imagée, si un scout est de la génération Z, il saura que la société et l’entreprise sont composées des générations Y, X, W, V… Autrement dit, le scout connaît son alphabet, il sait que pour arriver à Z il faut avoir commencé avec A, B et C (l’alphabet scout rappellera quelque chose à certains d’entre vous !). Il comprendra le directeur et l'assistante historique qui arrivent ponctuellement à 08h00 et qui préviennent une semaine avant de leur journée d'absence pour motif familial. Il s'adaptera à ses chefs de services qui arrivent à 09h00 et qui préviennent la veille de leur journée d'absence pour un motif inconnu. Il comprendra enfin son jeune collègue qui arrive parfois à 09h30 et qui envoie un texto le jour même de son absence à 10h00...  

Le scoutisme est une famille : c’est d’abord la famille heureuse des louveteaux puis celle de la fratrie dans la patrouille. Dans ces cellules, même si tous les membres vont faire partie d’une même génération (mettons la génération Z), nous devons nous rappeler combien la différence est grande au sein d’une même patrouille entre un CP 1ère classe ayant 18 ans, qui passe son bac et qui est une force de la nature d’une part et le jeune patrouillard de 12 ans qui n’a pas fait sa promesse, qui est tout juste entré au collège et dont la voix n’a pas forcément muée.

Le scout a donc appris à la meute puis à la troupe que les sociétés humaines n’étaient pas horizontales mais verticales, qu’il y avait des « seniors » et des jeunes, des expérimentés et des débutants, des sages et des jeunes fous, des prudents et des téméraires, des ordonnés et des dispersés et que la réussite passait par la complémentarité des uns et des autres et la progression collective. Le scout sait donc qu’en entrant dans la nouvelle société qu'est l'entreprise, il y a un directeur général, des chefs de services, des chefs d’ateliers et des agents de maîtrise. Même dans un bureau d’études, aussi petit soit-il, quel que soit l’accueil amical qu’on y reçoit, il y a un responsable de BE qui décidera des orientations, qui tranchera entre deux solutions, qui éliminera la solution qu’on vient de proposer pour un bien supérieur. Ce responsable fera passer l’entretien annuel et  devant lui, il faudra justifier une demande de formation, d’évolution, d’augmentation, d’aménagement du poste ou de temps de travail.

Le scout est donc un professionnel qui maîtrise comme toute sa génération l’anglais, la mécanique des fluides, la maintenance des boucles électromagnétiques, le chant lyrique, le saxophone, l’Iphone 12, Snapchat, Teams. Comme tous ceux de sa génération, il a voyagé au moins dans trois pays étrangers pour des vacances, pour les JMJ, pour un camp scout. Il a simplement ce supplément d’âme qui lui permet de comprendre qu’il entre dans une nouvelle famille, qu’il faut encore être courtois et chevaleresque, qu’il faut être loyal à d’autres chefs et d’autres subordonnés, qu’ici aussi on ne fait rien à moitié, qu’on est économe et qu’on prend soin du bien commun de l’entreprise.

Embaucher un scout, c’est embaucher deux personnes à la fois : un expert technique et un expert en humanité.

Mais attention : embaucher deux personnes à la fois suppose que comme recruteur et directeur vous soyez vous-même un bon chef, exemplaire. A ce prix, le double objectif de satisfaction durable des clients et d’équilibre durable des relations au sein d’une équipe a de fortes chances de devenir un résultat !

 

par Armel Garnier
Directeur des projets de l'IFEDESC (Institut Français d'Entraînement à la Décision En Situation de Crise)



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