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Le handicap au sein d'une famille : une éducation à la sainteté.

25 octobre 2021 Progression personnelle

Le sujet l'a fait sourire. “Un prêtre m’a évoqué ça récemment : votre fille, porteuse d’un handicap, vous mène vers la sainteté”, raconte Laure, mère d’Axelle, 16 ans, porteuse d’un handicap mental. Au départ, je me suis dit mais n’est-ce pas “too much” de dire ça ? Nous sommes tous, en tant que chrétiens, appelés à la sainteté !” Mais la maman, parisienne, reconnaît que le quotidien “loin d’être banal” qu’elle mène avec son mari auprès de sa fille est un “vrai chemin de sainteté”.

 
crédit : Laure Caussin

 Dans les moments difficiles d’abord. “Quand je sors de mes gonds ou que je suis sur le point de lâcher, j’essaie de tout confier à l’Esprit saint pour qu’il me vienne en aide.”. Et au-delà de ces moments compliqués, Laure atteste de la fécondité spirituelle qu’est Axelle dans sa vie. “Elle me pousse à creuser en moi. Elle approfondit ma foi, chaque jour. Si je n’avais pas eu Axelle comme fille, je ne serais pas devenue celle que je suis, j’en suis persuadée !” Et selon elle, les fruits sont nombreux :Je n’aurais pas eu autant de compassion, d’ouverture sur les autres. Les plus belles rencontres que j’ai faites dans ma vie sont grâce à Axelle car elle a cette capacité à toucher certaines personnes. Elle est source de joie. Elle me laboure le coeur !

 

Aurélie aussi n’en a jamais douté. Sa petite sœur, Claire, âgée de 20 ans, polyhandicapée, l’a aussi fait grandir spirituellement et humainement. “On a un petite sainte parmi nous !”, lance joyeusement la jeune femme de 28 ans, deuxième d’une fratrie de sept enfants. “C’est grâce à Claire que notre famille est si unie. Elle a travaillé le coeur de mes parents et ceux de chacun de ses frères et sœurs." Pour celle qui travaille auprès de personnes âgées, il y a un parallèle évident entre la relation qu’elle vit avec sa sœur et celle vécue intimement avec le Christ. “Il y a un même réel mystère ! Avec Claire, la communication n’est pas la même que pour les autres. Elle ne parle pas, ne voit pas et n’entend pas. Ce n’est pas évident mais elle nous oblige à nous dépouiller, à se concentrer sur l’essentiel. Tout comme Dieu nous invite à le faire. Auprès de Claire, on apprend la valeur de l’effort dans la contrainte. N’est-ce pas aussi le cas lorsque l’on va à la messe, lorsque l’on tente de prier quotidiennement ? La fidélité que je voue à Claire est la même que j’essaie d’entretenir avec Dieu.

Et Aurélie l’atteste : grâce à sa petite sœur, elle sent la présence de Dieu dans sa vie et celle de sa famille. Dans les moments les plus douloureux notamment. En 2015, Aurélie rentre de toute urgence de Thaïlande où elle est en volontariat pour les Missions étrangères de Paris (MEP). Le pronostic vital de Claire est engagé. La famille vit alors à Bondy, en Seine-Saint-Denis, pour l’association Le Rocher. Tandis que ses frères et sœurs et son père sont à la maison, sa mère veille sur Claire jour et nuit à l’hôpital. “Je me suis dit qu’elle allait s’effondrer. Or, ça a été tout l’inverse, maman était extrêmement paisible. Le Seigneur était là à travers elle, c’était édifiant !” Et lorsqu’avec ses frères et sœurs, ils organisent une nuit d’adoration pour Claire, dans une église de leur quartier, le nombre de personnes venues témoigne encore de la fécondité de leur sœur. Cette nuit-là, j’ai vu dans le saint-sacrement exposé la forme de deux gouttes d’eau. J’ai ouvert ma Bible, et, au hasard, je suis tombée sur le passage où Jésus pleure la mort de son ami Lazare. J’ai pris conscience dans ma chair que le Christ pleurait avec nous. Il était là.
Crédit : Aurélie Mary

     >> Lire aussi : 10 associations où s'engager bénévolement et continuer à "servir".

Pour le Père Christian Mahéas, proche des communautés de l’Arche et actuel aumônier spirituel de l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH), cette proximité du Christ avec ces familles est une évidence. “Leur quotidien est rude. On ne peut pas vouloir le handicap. Mais quand il est là, il faut y faire face.” Cet actuel curé de la paroisse de Saint Jean-Baptiste de Belleville, dans le XIXe arrondissement de Paris, a un jour prononcé une homélie à Paray-le-Monial auprès de certaines d’entre elles et leur a dit : “Quand vous vous levez la nuit pour votre enfant, quand vous vous sentez jugé dans la rue, à la moindre épreuve liée au handicap, au-delà des douleurs, c’est une occasion de cheminer vers l’Amour. Vous, familles, vivez quelque chose de l’ordre de l’Evangile. Le handicap peut être vécu comme un chemin de croix mais les personnes se révèlent souvent dans le meilleur d’elles-mêmes. Même dans leur impuissance, sans qu’elles ne le sachent, elles suivent le même chemin que celui du Christ. Il se déploie en eux, dans leur amour, dans leur écoute, dans leur silence et leur solitude aussi. La vie jaillit de là où on ne l’attend pas. C’est de l’ordre du mystère pascal.” 

 

 

Guillemette de Préval
Journaliste chez Ombres & Lumières

 

 



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