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11 octobre 2021
Vie professionnelle

Donner du sens à son travail ?  

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Question entendue régulièrement dans le cadre de mes engagements associatifs ou professionnels, de la part de quadras et de quinquas qui, pour certains, ont eu des postes à responsabilités dans de grandes entreprises : « J’aimerais donner du sens à mon travail (sous-entendu : « la structure dans laquelle j’aimerais m’investir va-t-elle apporter du sens à mon travail ? »). Est-ce ajusté comme questionnement ? Le lieu d'exercice de mon travail - ou la finalité de l’organisation pour laquelle je travaille - donne-t-il du sens à mon travail ? Les personnes avec qui je travaille lui donnent-t-elles du sens ?

Tout d’abord, il me semble que la capacité à ramener une rémunération qui contribue à faire vivre sa famille constitue un premier sens au travail. Cependant, le rentier peut quand même éprouver le besoin de travailler. Le système social français est généreux au point qu’il est parfois possible d’être une sorte de « rentier de l’état » et la plupart des femmes travaillant, le budget familial est désormais assuré à deux. Nous constatons bien que le sens reposant sur la seule nécessité d’obtenir une rémunération ne suffit pas.

En second lieu, cette quête de sens du travail n’est bien évidemment pas l’apanage des postes peu qualifiés. Nous pourrions penser à tort qu’en grimpant dans la hiérarchie, le sens du travail en serait renforcé. Quand on regarde des ouvriers qui effectuent des tâches répétitives ou des employés travaillant dans le télémarketing et répétant sans cesse les mêmes phrases formatées, nous pouvons penser que leur travail a moins de sens que des postes « plus élevés ». Et pourtant, ces salariés de terrain sont en prise avec une réalité et cela a du sens : rendre un bureau propre, permettre aux clients d’acheter des produits en magasin, creuser un trou et le reboucher pour que l’électricité passe, ou encore tenter de vendre par téléphone. A l’autre bout de la pyramide hiérarchique, certains directeurs semblent n’être devenus que des engrenages, à la fois loin de la force motrice et loin du terrain, ne voyant plus pourquoi le moteur tourne, ni ce qu’il fait tourner. Arrivant à la question : "à quoi je sers ?", le risque est grand de se dire "si je ne suis pas utile, mon travail n’a pas de sens".

En dernier lieu, je vous propose d’ajouter une dimension spirituelle.

Le travail humain est une mission reçue de Dieu qui exprime la dignité de l’homme dans la Création. Avant la chute, Dieu confie à l’homme le soin de garder et cultiver la Création. La grandeur de l’homme se manifeste aussi dans le travail qui l’associe à l’œuvre créatrice. La mission accomplie dans le cadre professionnel a du sens quand elle permet de participer à la Création. 

Pour cela, quelques points sont nécessaires : l’autonomie, la capacité à faire en engageant son être, les responsabilités, la volonté de mettre ses talents en œuvre, la recherche du bien, du beau, la volonté de rendre la création plus belle... En industrie, on parlerait d’amélioration continue. Encore faut-il voir la finalité de l’œuvre ! Donc à la question « Mon travail a-t-il du sens ? », tâchons d'explorer les voies de l’autonomie, de la responsabilité et de la beauté.

Enfin, on ne peut séparer le travail de l’activité sociale. Le travail EST un acte social. Je travaille avec, au service de… Il y a des interactions permanentes, des dépendances... Le fruit de mon travail permet d'améliorer la vie d’autres hommes. Le lieu de mon travail est aussi un lieu de rencontres. Le sens du travail vient aussi du « je travaille pour, je travaille avec ». D’ailleurs, n’est-il pas incorrect de dire « je travaille pour », qui englobe à la fois donneur d’ordres et bénéficiaires du travail ?

>> A lire aussi : Quelle place pour l'authenticité dans nos relations humaines ?

En conclusion, évitons les cruelles désillusions provenant de la pensée que l’objet social de l’entreprise (ou de l’association) donnerait du sens à mon travail (on peut travailler pour le diocèse et éprouver le sentiment de ne pas avoir un emploi ayant pas de sens). Discerons également sur les missions qui ne permettraient pas à celui qui les exerce de progresser en humanité. Il y a des lieux où objectivement mon travail n’a pas de sens. En revanche, il y a beaucoup de lieux où, indépendamment de l’activité de l’organisation, je peux répondre à la question : « quel sens a mon travail ? ». La clé provenant des réponses que je saurai apporter aux questions suivantes : ai-je l’autonomie me permettant d’exercer des responsabilités à la hauteur de mes talents ? Est-ce que je participe au Bien Commun par mon travail ? Et enfin, les personnes avec qui je travaille peuvent-elles aussi participer à donner du sens à mon travail ?

Bonne réflexion à tous !

Thierry Villemagne
Gérant d'Humanem, organisme de formation
"Je dois beaucoup au scoutisme : ma construction comme homme, la rencontre avec Cécile, mon épouse, la découverte de la joie de servir et aujourd’hui cela me nourrit comme gérant d’une entreprise de formation et alimente la réflexion d’HUMANEM Formation sur l’homme au travail.
 
 

 




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